Aventure du lutin de Birkerød
écrite par Helle Denckert de Visme
illustrée par Isabelle
Il y a très très longtemps un lutin vivait dans une petite ferme au sud d’un village de Nord Sjaelland. Le paysan était conciliant. Il savait que c’était le lutin qui se chargeait du bon fonctionnement de la ferme, en particulier de l’étable et de la grange.
Chaque soir sa femme apportait un bol de bouillie sucrée au grenier de l’étable avec un gros morceau de beurre dedans. Ils avaient rarement vu le lutin, mais ils savaient qu’il était là. Dans l’étable, on pouvait l’entendre faire du bruit ici et là. On entendait ses petits pas au grenier. Et le bol de bouillie était vide tous les matins.

Le paysan et sa femme avaient une fille et c’est elle qui trayait les vaches tous les jours. Il lui arrivait souvent de soupirer à cause de tout ce qu’elle n’avait pas le temps de faire. Mais un  jour que se passa-t-il ? Le temps de compter jusqu’à trois et le seau de lait était plein à ras bord ! Et puis un deuxième ! et encore un ! C’était le lutin qui aimait bien aider la jeune fille. Il vidait les cendres du foyer ou bien il remplissait le bûcher à côté de la cheminée. La jeune fille était contente et elle s’arrangeait toujours pour qu’il y ait un morceau de beurre de plus dans le bol de bouillie.

Un jour, elle a eu envie de taquiner le lutin. Elle demanda l’autorisation à sa mère de servir son bol au lutin et elle y poussa le morceau de beurre au fond pour qu’on ne puisse pas le voir. Le lutin fut pris d’une telle colère qu’il sauta dans l’étable et tordit le cou des deux meilleures vaches rousses. Il remonta au grenier et en mangeant sa bouillie, il découvrit le beurre au fond du plat. Il fut vraiment attristé par sa méprise et se promit de réparer son erreur à tout prix.
Il savait qu’à la ferme Hestkøbgård il y avait deux vaches qui ressemblaient à celles dont il avait tordu le cou. La nuit, il se glissa dans la ferme Hestkøbgård avec une vache morte sous chaque bras. Il trouva l’étable, prit les deux vaches vivantes, laissant à leur place les deux vaches mortes sans que le paysan ne s’en aperçoive.
Une année, la récolte du blé fut désastreuse. Il n’y eut presque pas de fourrage pour les chevaux. Ils étaient forts et beaux ces chevaux. Ils étaient les meilleurs amis du lutin et personne d’autre n’avait le droit de leur donner à manger le soir; c’était son travail. Alors il s’en alla dans une ferme du village voisin et vola une grande charretée de foin.  Des gens dans le voisinage virent passer une charrette sans cheval mais ils n’essayèrent pas de courir après. Ils ont pensé que le lutin était derrière tout ça.
Quelques temps après vint à la ferme un ouvrier agricole pour aider le paysan qui vieillissait et ne pouvait plus faire grand-chose tout seul. L’ ouvrier était un grand taquin. Un jour la jambe du lutin qui courait dans le grenier de l’étable passa au travers d’une planche pourrie. L’ouvrier vit la petite jambe et lui donna un coup avec sa fourche à fumier. Au repas du soir, il était tout heureux et se vantait d’avoir attrapé le lutin par surprise. Quand il fit nuit et que l’ouvrier dormait, le lutin alla dans sa chambre. Il prit l’ouvrier, le lança par-dessus  le toit de la ferme et, juste avant qu’il ne retombe sur le sol, le lutin était en place pour le rattraper. Il recommença huit fois et la neuvième fois l’ouvrier tomba dans le fumier. Le lutin ria si fort que tout le monde  se réveilla dans la ferme.
Un autre soir, l’ouvrier revenait de Hillerød et il vit le lutin qui fumait sa pipe sur une échelle à côté du porche de l’étable. L’ouvrier poussa l’échelle ce qui fit tomber la pipe. Le lutin lui se retrouva dans l’étable. L’ouvrier voulut ramasser la pipe, mais il se brûla. Il dût aller au lit avec de fortes douleurs. Dès qu’il s’endormit, le lutin vint, il le tira du lit et prit sa main qui ne fit plus mal du tout. L’ouvrier avait remarqué la présence du lutin, mais il ne pouvait pas se réveiller.
Le lendemain matin l’ouvrier était décidé à ne plus taquiner le lutin, il avait vu qu’il était bienveillant. Il serait son ami à présent et il lui acheta une pipe et du tabac car il avait guéri sa main.
L’année suivante il devait y avoir une grande fête à la ferme. La fille du fermier devait se marier avec l’ouvrier agricole. Tout le monde eut des nouveaux vêtements et l’ouvrier pensa « le lutin doit aussi avoir de nouveaux vêtements, il se promène dans des haillons ». Les femmes se mirent à lui confectionner une veste, une chemise, un pantalon, à lui tricoter des chaussettes, sans oublier le bonnet rouge. Tout fut placé au grenier à côté de son bol de bouillie. Quand le lutin aperçut les vêtements, il oublia complètement le bol tant il était pressé de les essayer. Et il riait ! Et il pensait : « un personnage avec de si beaux vêtements ne peut pas continuer à travailler dans une étable à garder les vaches ou les chevaux ». Et tout en répétant : « Lutin beau et élégant, le lutin veut s’en aller », il quitta la ferme.
Il s’enfuit dans le monde entier avec la diligence postale, d’un pays à l’autre. Son plus grand désir était de trouver le pays le plus grand du monde. Il se retrouva en Chine, là où habite le grand maître. Là, il vit des choses passionnantes, des hommes avec de longs cheveux tressés, des femmes sautillant autour en pantoufles hautes, et ils buvaient du thé dans de la fine porcelaine. Au dessus du berceau des bébés était suspendue une épée faite de pièces de monnaie. C’était pour éloigner les mauvais esprits.
Les années passèrent et le lutin en eut assez de cette aventure à l’étranger. Il languissait son pays. Quand il arriva à Hong Kong, il y avait plusieurs bateaux en partance pour le Danemark, de grands voiliers remplis de thé chinois. Le lutin se glissa à bord de l’un d’eux, il se cacha bien pour ne pas être découvert par le chien du bateau et après une escale en Angleterre, il arriva à Copenhague. Que faire maintenant se demada-t-il ?
Tout à coup, il aperçut un petit bonnet rouge sur la tête d’un cheval qui tirait une charrette pleine de bois. D’un bond il y monta.
Les nouvelles étaient mauvaises: pendant les cent années durant lesquelles il était parti, tous les lutins avaient quitté la campagne pour s’installer dans les villes. Ils avaient eu femme et enfants. On leur donnait maintenant un bol de riz au lait, une fois par an seulement, à Noël. Par contre on leur avait laissé le droit de se promener partout dans les maisons et les appartements, et même dans la vitrine de l’épicier.
Le lutin s’attristait et pensait : « Qu’est-ce que je vais faire ? » Il préférait rester seul, il ne connaissait pas la ville. En marchant, il rencontra le lutin de la mairie de Birkerød. Il habitait avec sa famille dans la cave de la mairie mais il y avait de la place au grenier, expliqua t-il. Alors le lutin le suivit. Quel grenier ! Un vrai musée s’ouvrit devant lui. Et quelle quantité de vieilles choses ! Certains objets, il les reconnaissait de ses voyages en Chine et d’autres de son temps à la ferme. Le lutin décida de s’installer dans ce musée et y fut très heureux, surtout quand le grenier était plein d’enfants.
Depuis le musée a déménagé plusieurs fois, mais le lutin a toujours déménagé avec, c’est ce que font les lutins !