L’ étrange destinée d’ INGEBORG de DANEMARK (1)

L’ étrange destinée d’ INGEBORG de DANEMARK (2)
Reine de France
1193-1236


Ingeborg de Danemark, fille du roi du Danemark Valdemar 1er et de Sophie de Novgorod, naquit en 1175.

En 1193, alors qu'elle avait 18 ans, son mariage avec le roi de France Philippe II Auguste fut célébré en la cathédrale d'Amiens le jour même de son arrivée.

Les historiens contemporains s’accordent tous à vanter les grâces et les excellentes qualités de la princesse danoise. On la compare à Hélène pour la beauté des formes et pour la noblesse du maintien et des manières. Tous les témoignages nous la présentent comme un modèle de vertu et un prodige de beauté. Le 14 août 1193, la jeune princesse donna solennellement sa main à Philippe Auguste dans la cathédrale d’Amiens. Le lendemain, 15 août, il la fit sacrer en grande pompe reine de France par l’archevêque de Reims, Guillaume de Champagne.

 

Tout à coup, au milieu de la cérémonie, Philippe, en regardant la reine, se prit à frissonner, à trembler, à pâlir, contenant cependant cette subite et violente agitation jusqu’à la fin de la solennité. Une vive aversion soudaine venait de succéder à cette vive impatience avec laquelle, trois jours auparavant, le pétulant monarque attendait sa jeune et belle fiancée. Quelle fut la cause de cette profonde et subite aversion ? Les raisons en sont toujours inconnues.

Philippe résolut aussitôt de se séparer d’Ingeborg et voulut la remettre entre les mains des envoyés du roi de Danemark. Ceux-ci, comme on le pense bien, refusèrent d’emmener avec eux la reine de France, et quittèrent précipitamment le royaume.

Philippe n’en persista pas moins dans sa détermination. Mais comme il ne pouvait pas briser de sa propre autorité un lien formé et sanctifié par l’Eglise, il songea à faire prononcer canoniquement le divorce sous divers prétextes. Les prélats et barons se montrèrent si peu disposés à partager le blâme d’une pareille mesure que le roi se vit obligé de temporiser. On le persuada de faire une tentative pour se réconcilier avec la reine.

 

Pour défendre l’annulation du mariage, Philippe souhaite faire valoir un lien de parenté prohibé par l’Église alors qu’il n'en existait aucun. Une assemblée d’évêques et de barons , convoqués par lui, donne aisément raison au roi, qui se remarie à la hâte avec Agnès de Méranie dès juin 1196. Mais le nouveau pape Innocent III ne l’entend pas de cette oreille. Il enjoint Philippe Auguste de renvoyer Agnès et de rendre sa place à Ingeborg. Le roi ne réagissant pas, le pape prononce l’Interdit sur le royaume en janvier 1200. Philippe accepte alors une cérémonie de réconciliation pour faire lever l’Interdit mais la cérémonie ne rend pas tout à fait sa place à Ingeborg et la procédure d’annulation se poursuit. Philippe est désormais bigame. Après de nombreuses péripéties dans son long et pénible bras de fer avec le pape et surtout après la mort d’Agnès en 1201, Philippe Auguste met fin aux négociations en 1212 et, résigné, rend sa place, sinon d’épouse, du moins de reine, à la malheureuse Ingeborg.

Innocent III

Le château d'Etampes vers 1410-1415

La jeune reine se soumit à sa destinée, sans pourtant se laisser abattre, et devint bientôt pour ses compagnes un sujet d’édification. Elle partageait son temps entre la prière, la lecture et le travail manuel. Enfermée initialement à l’Abbaye de Saint-Maur, elle fut transférée en 1200 à la Tour d’Étampes, sinistre prison, où elle languit dans l’obscurité de sa retraite, en proie au dénuement le plus absolu.

Église Saint-Jean-de-l' Ile*

Philippe II Auguste meurt en 1223 sans avoir revu Ingeborg, reine de France. Celle-ci se retira après la mort du roi au prieuré de Saint-Jean-en-l’Isle, près de Corbeil où elle s’éteignit le 29 juillet 1236 à l’âge de 61 ans. Se considérant comme reine de France, elle demandera à se faire inhumer à Saint-Denis, ce souhait sera refusé par Louis IX qui ne la reconnaissait pas comme Reine de France.

 

Philippe Lagier
Sources : Hercule Géraud, historien (1844)


* Église construite sous l'impulsion d'Ingeborg. Le prieuré, transformé en poudrière lors de la Révolution, fut l'objet de nombreuses explosions. Il n'en reste plus que la chapelle en ruine.