Pierre-Jean Ruff

Pasteur de l’Église Réformée de France à Copenhague

 

Le pasteur Ruff est en retraite à Paris mais continue d'assurer quelques cultes à Paris et en province.

Depuis juin 2008, il vient aussi à Copenhague quelques jours par mois pour y assurer les deux cultes mensuels (dimanche à 11 heures) au temple de la rue Gothersgaden, temple partagé avec la communauté de l’Eglise réformée allemande. Luc de Visme lui a posé quelques questions.

 LdV: J'ai noté que vous faisiez aussi des conférences 

P-J Ruff: Oui je pense qu’un Pasteur a aussi un rôle non ecclésiastique, c’est peut-être le plus important. Jésus était déjà plus soucieux de ceux qui n’étaient pas dans le “bercail” que de ceux qui le suivaient. Actuellement le religieux a un rôle modeste. Mais beaucoup de gens qui sont à l’extérieur de l’église le sont parce qu’ils ne sont pas satisfaits avec son fonctionnement et la forme du message. Donc le souci des autres me parait une préoccupation évangélique primordiale.

J’en ai fait une au Danemark sur “la foi, l’agnosticisme et l’athéisme” et dernièrement pour l’Association huguenote danoise sur “La guerre des Camisards”. Pour moi, il est important de présenter un message chrétien qui se distencie du message classique où l’homme est un pécheur, on le culpabilise et lui dit que la seule planche de salut serait le sacrifice expiatoire du Christ. 

 

   LdV: Vous avez aussi écrit des livres?

 

P-J Ruff: Oui,  par exemple un livre sur la théologie naturelle. Un autre  sur une conception saine ou moderne de la prière. Un troisième sur la réponse des chrétiens gnostiques et cathares au problème du mal. J’ai aussi écrit sur Marie Madeleine. Comment se fait-il qu’un personnage si important du message chrétien, chef de file de la pensée chrétienne d’un courant minoritaire, ait été mis de côté par les premiers chrétiens? Et surtout pourquoi les théologiens se sont-ils acharnés à lui faire une mauvaise réputation et à la calomnier. Y avait-il des enjeux derrière? Parce qu’elle était une femme? À cause du combat des chefs après le départ du Christ? 

 

   LdV: Quelles sont vos premières impressions sur la société danoise?

 

P-J Ruff:  C’est difficile de répondre. Je n’ai pas de contacts avec de “vrais” Danois. Les francophones ne sont que des demi-Danois, si j'ose dire. Vous savez en plus d’être français, je suis marseillais, un homme du Midi. Marqué par la culture méditerranéenne. J’apprécie chez les Danois une certaine sagesse, un sens de l’équilibre, uns sens du pluralisme. En même temps, il me semble qu’il manque quelque chose de plus passionnel qu’on retrouve dans les pays plus au Sud. Vous savez, à la limite, j’aimerais parler ici de Zorba le Grec. Si on pouvait trouver un équilibre entre les deux  tendances, ce serait parfait. A Paris, je préside une association pour la Paix au Proche Orient qui est une association pro-palestinienne. Mais dès que l’on parle des Palestiniens et en tout cas du Hamas auprès de la plupart des personnes que j’ai rencontrées au Danemark, presque automatiquement Hamas veut dire terrorisme au premier degré. On n’approfondit pas. On ne va pas plus loin dans la conversation. Au Danemark, l’opinion publique me semble très proche de l’opinion américaine. Au niveau des jeunes, je pense qu’il y a plus de divorces qu’en France. On voit plus de femmes vivant seules. Ce qui m’a surpris par exemple, c’est de voir dans la rue des groupes de jeunes se rassemblant avec des caisses de cannettes de bière à côté d’eux. Ils boivent les uns à côté des autres mais on n’a pas l’impression qu’ils font la fête. Cela m’a fait une impression de tristesse.  Cela je ne crois pas qu’on pourrait le trouver en France.

 

   LdV: Vous ne regrettez pas d’être venu au Danemark?

 

P-J Ruff: Bien sûr que non, c’est toujours enrichissant de découvrir autre chose, de rencontrer d’autres cultures. Mais il me manque des contacts, certainement à cause de la langue qui est un handicap. J’aimerais trouver la réponse aux questions que je me pose sur la personnalité des  Danois. Je n’irai pas jusqu’à dire que les gens sont blasés mais il ya une culture du comportement conventionnel. On est plus réservé. On montre moins ce qu’on ressent. Je ne sais si c’est une façade. Mais en tant que méridionnal, je me demande si on peut être humain et chrétien s’il n’y a pas un amour de la vie, une passion derrière. Est-ce que l’usage, la réserve cache le sentiment où n’y a-t-il qu’un vide derrière? Je ne sais pas. J’aurais envie comme on dit de donner un coup de pied dans la fourmillière pour une remise en cause de choses élémentaires.

Enfin, je n’en suis qu’à l’étape de la découverte  …