Rencontre avec ……………     Jasmine Abel Jessen

Luc de Visme

 

Jasmine a passé pratiquement toute son adolescence en France, où elle a fait des études de sage femme et y a préparé une thèse d’anthropologie, une formation qui lui a ouvert la porte d'une entreprise danoise d’ingénierie en qualité de consultante et de coach.

La première fois qu’elle est venue à Copenhague, il pleuvait, il faisait froid, c’était en novembre, mais elle a tenu le coup, amour oblige, son mari Peter est danois !

C'est en Afrique qu'ils se sont rencontrés, au Mali où elle a vécu quelques années comme sage femme volontaire.

 

Après quelques années passées en Fionie à Odense, la famille s'installera définitivement à Birkerød, non loin  de Copenhague. Leur fils de 19 ans, qui vient de passer le 'bac' danois, parle très bien le français. « Quand il était petit, je lui parlais en français pour qu’il soit capable de communiquer avec ma famille vivant en France. Avec son père il utilise le danois », précise Jasmine. «On a continué comme cela, en alternant les deux langues à la maison. Mais pour Kim c’est le danois qui est la langue de référence puisqu’il a vécu pratiquement toute sa vie au Danemark. venue au Danemark».

 

Avant de venir au Danemark, Jasmine travaillait au Mali, où elle a vécu dans une maison en terre sans eau ni électricité. « Pendant deux ans j’ai travaillé dans un petit village malien à Dilly où la plupart des femmes étaient cloitrées; elles  n’avaient pas le droit de sortir à cause de leur tradition et de leur religion. Maintenant quand je reviens envoyée en mission dans ces pays africains, mon rôle est de travailler dans le renforcement des capacités des cadres au niveau des ministères sectoriels et d'autres acteurs au niveau déconcentré et décentralisé. C'est surtout le renforcement en capacité de planification et de suivi-évaluation. Je fais des missions fréquentes où je suis aussi chargée des aspects transversaux notamment sur la question de l'égalité des chances entre les hommes et les femmes. Nous organisons souvent des cours où les participants, des cadres africains hommes et femmes venant de différents  ministères, sont invités à venir au Danemark. Ils ont ainsi l'occasion de voir  des situations où l’homme et la femme sont à égalité. Pour améliorer la situation des femmes dans ces pays il faut souvent savoir convaincre les hommes de laisser les femmes participer à la vie active, les filles d'aller à l'école, faire des études. Sans leur consentement, on ne peut avancer », précise Jasmine.

 

Dans sa vie privée, Jasmine aime faire la cuisine. Née d'une mère vietnamienne et d’un père métis indien elle prépare des spécialités vietnamiennes à faire blêmir la plupart des cuisiniers vietnamiens !

Elle aime le jardinage et elle s’est inscrite récemment dans un club d’aviron, ce qui lui permet de combiner activité physique et rencontres avec d’autres danois ayant le même intérêt. Malgré tout, Jasmine ne se sent pas aussi intégrée qu'elle le voudrait dans la société danoise, en raison notamment des innombrables déplacements en Afrique que son travail exige. Mais elle se sent très privilégiée de vivre au Danemark, un pays où tout fonctionne bien, où on se sent bien, un pays où l’employé quel qu'il soit est valorisé parce qu’on le responsabilise, un pays où on apprend à travailler en groupe, à s’apprécier entre collègues. « Ce n’est pas comme en France, précise Jasmine, où la hiérarchie, le respect des chefs joue un rôle plus important et fait que les gens ne prennent pas nécessairement leur responsabilité et des initiatives.

Au niveau de la société danoise, on apprécie le fait qu’il y a une meilleure répartition des richesses qu’en France, certes au prix d'impôts plus élevés; on voit le résultat tout de suite avec la médecine gratuite, les institutions pour les enfants ou les personnes âgées par exemple. Ils ont ici la culture Jantelov (la loi de Jante), une loi qui fait que les gens sont jugés sur leur vraie valeur, personne n'étant supérieur aux autres en raison d’un titre, d’une étiquette».

 

Par contre ce qui manque à Jasmine c’est la spontanéité bien connue en France. « Il y a deux types de Danois,  prétend Jasmine. Il y a le Danois de l’été, joyeux, ouvert et détendu, recherchant en plein air la clarté et la lumière du soleil. Les Danois sont fous du soleil. Et puis il y a le Danois de l'hiver, un peu déprimé,  enfermé chez lui, on ne le voit plus, c’est curieux ! Une exception toutefois, à Noël, il est chez lui mais avec famille, amis et connaissances. Ils se réunissent pour être heureux ensemble. Ils appellent cela « at hygge » intraduisible en français, une combinaison d’atmosphère calfeutrée, de lumière, de bougies, de chansons, C’est spécial ».

 

Alors peut-être Jasmine pourra-t-elle revenir dans un pays chaud pour sa retraite, pour retrouver le soleil, la lumière, les couleurs, les odeurs qui lui manquent un peu. « Ici au Danemark, il n’y a des odeurs que deux mois dans l’année, au moment du printemps et pendant le court été. Moi j’aime les odeurs, les couleurs, j’aime sentir la vie».