LE CHÂTEAU DE FREDERIKSBERG

 

                    

                                                             

 

 

Remontons dans le temps, vers 1663, où la reine Sophie-Amélie, l’épouse du roi de Danemark et de Norvège Christian V (contemporain de Louis XIV en France), a fait bâtir - à l’endroit même où les Suédois, assiégeant Copenhague quelques années auparavant, avaient établi leur camp - une maison de campagne dans la partie sud-est de ce qui est  aujourd’hui le parc. Cette maison se trouvait juste en face de l’entrée principale du parc que vous connaissez certainement tous et à laquelle mène directement Frederiksberg Allé.  De cette première demeure, il ne reste plus à présent que deux petites ailes, la bâtisse principale ayant brûlé en 1753.

 

 

 

 

Cette maison de campagne, située en dehors de la ville, à une distance de trois kilomètres des remparts de la capitale, était conçue pour que les quatre petites princesses puissent, dans l’esprit de l’époque, y vivre une vie champêtre, y connaître les animaux et y apprendre à faire la cuisine. A cet effet, la maison contenait notamment un petit appartement et une petite cuisine pour chacune des princesses.

 

Lorsque le neveu du couple royal, le prince Frédéric, le futur roi Frédéric IV, également contemporain de Louis XIV, a eu neuf ans en 1680, c’est à lui que l’on a dédié la maison. Pour l’amuser l’on y a installé une quantité de volières remplies d’oiseaux rares, une faisanderie, une lapinière et grand nombre d’animaux de toutes espèces, donc une sorte de précurseur du jardin zoologique qui se trouve actuellement dans l’enceinte de la propriété d’origine.

 

 

 

Or, à l’âge de 21 ans, notre jeune prince Frédéric a fait un grand voyage à l’étranger de 1692 à 1693 au cours duquel il a visité l’Allemagne, la Hollande, l’Italie et la France. Il y a eu l’occasion de voir beaucoup de châteaux, remplis de richesses et œuvres d’art, cernés de jardin bien dessinés.  

Influencé par ce qu’il avait vu au cours de ce voyage, il a fait établir en rentrant un jardin “à la française” sur les terres de sa propriété et, en même temps, il a fait érigé un pavillon sur la hauteur, à l’emplacement même de l’actuel château.

 

Ce n’est que quelques années plus tard que, devenu roi en 1699, il a décidé de remplacer ce modeste pavillon par une maison de style italien, et c’est entre 1700 et 1703 qu’a été bâtie la partie qui constitue de nos jours le bâtiment central du Château de Frederiksberg. Il s’agissait d’une bâtisse rectangulaire de deux étages, donc un de moins qu’à présent, et probablement pourvue de loggias pareilles à celles des villas italiennes.

Rien de plus indiqué, en effet, que cette colline qui dominait le paysage et d’où il y avait une vue étendue sur la campagne pour construire cette résidence d’été pareille aux villas qu’il avait admirées lors de son séjour en Italie. Par la même occasion, l’on a changé l’axe principal du jardin pour qu’il parte de la nouvelle maison et l’on y a établi des terrasses et des cascades.

 

Or, le manque de place se faisant très vite sentir, l’on a entrepris en 1707 un agrandissement tant en hauteur qu’en longueur: le château a été rehaussé d’un étage et l’on a rajouté les deux ailes latérales. C’est à cette occasion que l’on a bâti la chapelle dans la nouvelle aile orientale. Cette chapelle a cette particularité qu’elle se trouve en partie au sous-sol.

 

Au pied de la colline, on a construit deux autres bâtiments, l’un pour les cuisines, l’autre pour les domestiques. Ces bâtiments sont reliés au château par un long couloir souterrain. De nos jours, l’un de ces bâtiments sert de gymnase et l’autre contient des appartements pour le personnel de l’armée.

 

La cour d’honneur avait les mêmes dimensions que de nos jours, mais n’était entourée que d’une galerie rejoignant l’entrée principale en forme de tour qui contenait entre autre, au-dessus de la porte cochère, un réservoir d’eau alimentant la fontaine de la cour et les cascades du jardin.

 

C’est au courant des années 1730 qu’a été entreprise la dernière grande modification du château, car jusqu’alors, la demeure n’avait servi que de résidence d’été à la famille royale qui logeait le reste de l’année en plein centre de Copenhague, dans le Château de Christiansborg, mais le roi Christian VI (1699-1746) (contemporain de Louis XV) voulant y loger en permanence, l’on a fermé entièrement la cour en construisant deux longues ailes se terminant par un demi-cercle allant jusqu’à l’entrée principale. La tour à l’entrée a été rehaussée et le réservoir d’eau s’y trouvant a été supprimée ainsi que la fontaine de la cour.

 

Christian VI a demeuré au Château de Frederiksberg de 1731 à 1740, puis le château est redevenu résidence d’été, abritant ainsi divers membres de la famille royale jusqu’en 1856. Durant une courte période, il est resté quasiment inhabité, quelques personnalités de la vie artistique et politique y ayant toutefois loué divers appartements.

 

Pendant et après la guerre de 1864 entre les Danois et les Prussiens, le château a servi d’hôpital militaire abritant quelque 800 blessés et c’est en 1868 que l’on y a installé l’École Royale Militaire. Ceci signifie que depuis 130 ans tous les officiers d’active de l’Armée de Terre danoise sont formés dans cette maison, et en passant dans un des couloirs on peut voir la collection complète des photographies de toutes les promotions, de 1868 à nos jours.

 

Avant l’emménagement de l’Armée, l’on avait ôté une grande partie de ce qui faisait la richesse des lieux: les tapisseries de soie, des gobelins, des cuirs dorés et même de précieux planchers. La chapelle désaffectée a servi longtemps de bibliothèque. Ce qu’il convient de remarquer aujourd’hui ce sont les beaux plafonds de haute qualité qui sont resté inchangés depuis la période de 1708 à 1712. Ils ont été faits par différents artistes et artisans, souvent restés inconnus en dehors du Danemark, notamment le peintre français Benoit le Coffre en collaboration avec le peintre danois Henrik Krock.

 

Une autre chose qui mérite l’attention du visiteur - la peinture des boiseries et des portes étant restée inchangée - sont les beaux exemples d’imitation de marbres, devenue un art en soi dans les pays ne possédant pas eux-mêmes le marbre.

 

Ce n’est qu’entre 1924 et 1932 que le château a subi d’importants travaux de restauration et qu’il a retrouvé son aspect d’origine. Une seconde grande réfection extérieure et intérieure vient d’être terminée en 1996.

 

Depuis 1730 à nos jours, le château n’a subi que d’insignifiantes modifications. Seul le jardin a été transformé en 1800 en jardin dit “à l’anglaise”, signifiant la suppression du jardin “à la française” avec sa stricte symétrie et ses haies taillées pour créer un jardin “retour à la nature” dans le style de la fin du XVIIIe début XIXe siècle.

 

 

Pierre Hyllested